D'art et d'histoire(s)

Quelques histoires de ma vie...

26 juin 2007

Chouchou ex-père ??

350px_Francisco_Goya___Saturno_devorando_a_un_hijoSi l'on en croit la façon qu'a madame V. d'envisager les choses... Il semble que, décidément, elle confonde le fait d'avoir un ex-mari, et le fait que sa fille ait un père.
Sauf que ça devient de plus en plus grave...
Je vous raconte...

Il y a un peu plus de huit jours, nous avions Miss Mélie chez nous pour l'habituel week-end de garde, l'avant-dernier avant les grandes vacances (parce que oui, il paraît qu'on est en juillet, bientôt...). Nous récupérons une petite fille qui, une fois de plus, avait malencontreusement oublié ses cahiers de devoirs, et qui surtout, refuse obstinément d'avaler plus de deux bouchées à table. Pourtant, elle était toute contente de venir, et comme c'était un week-end sans école le samedi, elle avait même demandé à ce que son père vienne la chercher dès le vendredi soir : une première...
Donc, le vendredi soir, nous nous heurtons à un "j'ai pas faim, j'ai mal au ventre...". Comme ce sont des choses qui arrivent, on n'insiste pas et on envoie Miss Mélie se coucher, pour être au chaud sous la couette, avec un livre ou des feuilles pour dessiner si elle veut, même... On s'interroge quand même, parce que son comportement n'est pas aussi décontracté qu'à l'habitude, et que son ventre a plutôt l'air de crier famine, mais bon...
Le lendemain, Miss Mélie tord le nez au moment du petit déjeuner... Elle a encore mal au ventre. Comme son père vient de mettre un mot dans le cahier de correspondance pour dire à la maîtresse qu'elle a oublié son cahier de devoirs, on commence à envisager que les maux de ventre sont plus d'origine psychologique qu'autre chose...
Au repas de midi, rebelotte. Et comme par enchantement, le mal de ventre se dissipe sitôt donnée l'autorisation de sortir de table... Après avoir passé une après-midi entre filles à faire les boutiques pour trouver un cadeau de fête des pères pour Chouchou, on rentre toutes deux au bercail pour le goûter. Un demi-croissant plus tard : "j'ai pas faim"... Quand on sait que Miss Mélie est habituellement un estomac sur pattes, un puits sans fond, là, on commence vraiment à soupçonner qu'il se passe quelque chose de pas normal. Au dîner, on lui fait choisir le menu, mais on se heurte au même problème : pas faim, mal au ventre... Et un museau de dix pieds de long. Et une tentative de se forcer à vomir dès qu'on lui demande d'avaler une fourchette supplémentaire. Que du bonheur.
Avec Chouchou, on commence quand même à avoir l'habitude d'alterner des week-ends supers avec d'autres où on sent bien que Miss Mélie est si convaincue qu'elle va s'ennuyer ferme qu'elle fait tout pour que ça se produise. On ne se demande même plus ce que sa mère a bien pu lui tenir comme discours pour en arriver à ce résultat... Mais à ce point-là, ça ne s'est encore jamais produit.
Du coup, je mets les deux pieds dans le plat. Il y a quelque chose qui ne va pas, ça se voit, et ça n'ira pas mieux si on n'en parle pas... Et ce n'est pas le mal de ventre qui est à l'origine du problème, mais bien le problème qui provoque le mal de ventre... On voit trop bien qu'en plus de la boule qui lui tord l'estomac, Miss Mélie a aussi un noeud dans la gorge. La moindre remarque l'amène au bord des larmes, et l'angoisse se lit sur son visage. Elle opine du chef, oui oui, il y a bien quelque chose, et elle veut bien m'en parler, mais rien qu'à moi...
Ni une ni deux, Chouchou se retranche dans son bureau et Miss Mélie commence à vider son sac, un tout petit peu...
C'est qu'elle a "beaucoup beaucoup de soucis"...

A l'école d'abord... Elle est très mauvaise élève, et n'est pas sûre de passer en CE2. Et puis les copines, dans la cour de récré, font des cachotteries dans son dos et ne veulent pas jouer avec elle au loup (petit chef et mauvaise perdante comme elle est, ça n'a rien d'étonnant...). Bon d'accord, mais ça, ça arrive tous les ans, et jusqu'ici, ça ne lui a jamais coupé l'appétit...
Roulée en boule sur le canapé, Miss Mélie regarde dans le vague, et s'étonne que je sache qu'elle a un noeud dans la gorge et une boule dans l'estomac. Elle écoute avec attention quand je lui explique qu'ils ne partiront que quand elle aura pu dire ce qui lui pose vraiment problème. Mais ça a du mal à sortir...
C'est pas grave, si tu n'arrives pas à le dire, essayes de l'écrire... Papier, stylo, résultat : "jemare de mager". Traduction : "j'en ai marre de manger". Ahhhhh... Tentative de le prendre sur un mode léger : " Oh, ben, mais pourquoi ça donc ??" [rire jaune]. Réponse de Miss Mélie : "ben, tu sais, grand-mère, elle avait des parents et même son frère [moi, me grattant virtuellement la tête pour trouver le rapport...], ben elle les a perdu quand elle était jeune, elle avait treize ans !! [moi, en train de me dire que Miss Mélie a déjà bien du mal à gérer le divorce de ses parents, quelle idée vraiment d'aller lui polluer la tête avec des histoires de ce genre..., mais quel rapport ???]. "Ben eux, maintenant, tu comprends, ils ont plus de soucis. Donc, si j'arrête de manger, ben, j'aurai plus de soucis moi non plus...". CQFD.
Okayyyy, pas de panique, surtout ne pas montrer que tu as les mains qui tremblent, garder une voix assurée... Respires... [oh put*in c'est graaaave là...]

Quand on a reçu aucune formation à ce genre de situation, qu'est-ce qu'on fait ? Ben on improvise, au feeling. La première chose qui s'est imposée (en dehors des insultes mentales instantanées en direction de madame V.), ça a été de faire prendre conscience à Miss Mélie des conséquences dramatiques de son discours, quitte à la choquer. "Tu sais ce qui se passe quand on arrête de manger ? En fait, on a encore plus de soucis...". Je vous passe le tableau façon film d'horreur, la description de Miss Mélie trop maigre pour pouvoir jouer, courir, regarder la télé, réfléchir, obligée de rester au lit d'abord, puis emmenée à l'hôpital et intubée, avec tellement mal au ventre parce que l'estomac, lui, il continue à bosser dans le vide... "Et quand on ne mange plus, au final, qu'est-ce qui se passe ?" Moue incertaine de Miss Mélie... Moi : "on meurt". Regard choqué et horrifié de la demoiselle, qui n'avait pas envisagé la chose si crûment.

Il faut savoir que du haut de ses 19 kg, Miss Mélie n'est pas peu fière de répéter à qui veut l'entendre qu'elle est très belle, qu'elle est bronzée (mais pas qu'elle tente de cacher à son père les décolorations blondes que sa mère lui fait régulièrement pour éclaircir ses cheveux), et puis qu'elle est très fine et qu'on lui dit qu'elle est légère comme une plume (sur le mode "c'est génial")... Il faut savoir que de Chouchou, qui n'a pas echappé à la bedaine post-trentaine, madame V. n'hésite pas à dire, devant la petite, que son père est gros et gras (limite libidineux vous voyez...), et que c'est dégueula**e. Et il faut savoir enfin que madame V. a toujours fait une fixation sur sa ligne. Visiblement transmise à sa fille. Sauf qu'elle, elle n'a que huit ans et demi, pas mal de problèmes sur les épaules, et qu'il n'y a qu'un pas pour tomber dans l'anorexie. Ne rien manger, remède miracle contre tous les maux.

Il faut croire que mon argumentaire était suffisamment porteur, parce que Miss Mélie a très vite demandé à retourner dans la cuisine, parce qu'elle avait encore faim... Le nez dans sa salade de tomates, elle a admis que les vrais gros problèmes concernaient papa et maman, et qu'elle n'osait pas en parler par peur de faire de la peine. Je n'ai pas réussi à en savoir plus, et je n'ai pas voulu forcer les choses.
Le dimanche, Miss Mélie a fait un petit déjeuner d'ogresse, et je l'ai prise à part pour lui expliquer que son discours de la veille était grave, qu'en conséquence je ne pouvais pas le garder pour moi (en fait, je l'avais déjà retranscris à Chouchou la soir même) et que Papa allait faire une lettre à Maman pour lui expliquer tout ça. Qu'au vu de son hésitation bien compréhensible à aborder les problèmes de fond avec nous, je trouvais que ce serait bien pour elle de retourner voir le pédopsychiatre qui la suivait l'an dernier, pour pouvoir vider son sac devant une personne extérieure et impartiale. réponse immédiate de Miss Mélie : "oui, d'accord". Le fait qu'on prévienne sa mère avait quand même l'air de l'inquiéter, mais il était grand temps de passer outre les conflits d'adultes...

Le lendemain, des recommandés sont partis tous azimuts. Jusqu'à dimanche, aucune nouvelle. Et le soir, coup de fil de Miss Mélie, qui n'avait rien à dire, juste échanger trois mots avec son père. Qui, lui, en profite pour demander à parler à madame V. [soupirs de Miss Mélie]
La réaction de cette dernière a été sans suprise : de toute façon, le père de Miss Mélie est un c*n, un incapable, un abruti, il invente n'importe quoi, elle ne comprend pas ce qu'il veut obtenir (comme si on n'agissait que pour obtenir quelque chose...), qu'il a 36 ans, et qu'il faut qu'il grandisse... Ne me demandez pas le rapport, je ne l'ai toujours pas trouvé... Le haut-parleur étant enclenché, j'ai donc entendu la plus belle leçon de morale à laquelle il m'ait jamais été donné d'assister... Chouchou n'a pas pu placer un mot, elle n'arrêtait pas de parler !!! Et, cerise sur le gâteau, quand il a coupé court au monologue de madame V. en se rendant bien compte qu'il n'y aurait aucune avancée significative et qu'on partait bien loin du problème de Miss Mélie, j'ai entendu madame V. cracher la plus belle ineptie qui soit : "ah, de toute façon, avec toi, on ne peut pas discuter..." Je n'en suis toujours pas revenue...

Notre première réaction, la semaine dernière, a été de remettre en question notre propre façon d'agir avec Miss Mélie. Est-ce que le problème vient de nous ? Est-ce qu'on est trop durs avec elle ? Est-ce qu'elle est mal quand elle vient chez son père ? Visiblement, elle est heureuse d'être là, elle demande sans arrêt quand on reviendra la chercher, applaudit des deux mains quand on lui propose des activités, et recherche notre présence, notre avis, nos conseils. Elle angoisse à l'idée de déplaire à son papa, et même à moi, et nous devons sans cesse la rassurer sur ses capacités. Et comme nous l'a dit une orthophoniste que j'ai contacté pour savoir comment se passait la prise en charge d'une enfant visiblement dyslexique, elle ne se confierait pas à nous si elle nous considérait comme responsables et incapables de l'aider...
Nous avons longuement discuté avec l'infirmière du Centre Médico-Psychologique, qui nous a confirmé que nous avions raison, ô combien, de nous inquiéter. Mais qu'ils étaient impuissants à agir si la mère refusait la reprise des soins. Dans la mesure où nous avons signalé aussi une forte présomption de dyslexie, ce que madame V. se refuse bien sûr à admettre, elle nous a conseillé de passer outre l'avis maternel et de faire faire nous-mêmes un bilan. Pour le reste, il faudra sans doute passer par le tribunal afin d'obtenir une obligation de soins.

Voilà comment une femme, une soi-disant professionnelle de l'enfance, parvient à détruire à petit feu sa propre enfant. Au fil du temps, Miss Mélie se rapproche de son père, commence à se confier à lui, se rend compte surtout qu'il est présent et à l'écoute. Elle voudrait bien une garde alternée pour pouvoir le voir plus... Et je me dis que madame V., voyant son influence diminuer, tente par tous les moyens de maintenir l'enfant dans sa dépendance. Elle n'a donc aucun problème, aucune remise en question n'est nécessaire. Il y a juste que Miss Mélie, selon sa mère, est un peu nulle, et qu'elle fatigue vite du cerveau. Et, conséquence logique, qu'elle n'est donc pas capable de se débrouiller sans l'aide de sa mère. Sans son père par contre, elle y arrive très bien, si l'on en croit madame V. Quantité négligeable que le père après un divorce... Un ex-père donc, tout juste bon à signer un chèque mensuel...
Mais ce que je constate moi, c'est qu'en ne partageant avec sa fille que 10% du temps à peine, Chouchou a quand même été capable de détecter de multiples problèmes, et de faire le nécessaire pour prévenir les personnes compétentes. Qu'il a pris sur lui pour contacter la mère, en passant outre le conflit latent entre eux. Que les difficultés de Miss Mélie lui ont sauté aux yeux, quand madame V. persiste à dire que tout va bien.
Bref, je constate, qu'au lieu de l'ex-père incapable que madame V. tente de vendre à tout le monde, c'est plutôt un Papa expert qui se démène pour aider sa petite fille à surmonter ce qui lui pose problème.
Ex-père ou expert, le choix est vite fait...

Posté par Mikaela à 12:29 - Miss Mélie - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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